16-03-2018   #1

Sous-titre : « rien ne m'offense vraiment »

Synopsis :

Bob: *fais une blague*
Alice: *le prend mal*
Bob se protège : « oh ça va, c'est de l'humour ! »

Une explication évidente pourrait être que la blague était en fait sexiste. Mais il y a plein d'autres cas de figure où la blague peut heurter quelqu'un.

 

Traduction approximative de ce post (je vous invite vraiment à lire la version originale si vous en êtes capable):

« J'ai eu cet état d'esprit pendant la plus grande partie de ma vie. Je pensais, "traitez les gens comme vous voudriez être traités". Et parce que je me sentais rarement offensé par les blagues, je pensais que c'était correct de dire la plupart des choses que je voulais dire sans même y réfléchir. Je dirais que c'est la mentalité de la plupart des hommes blanc à qui j'ai parlé, y compris ceux qui sont libéraux.

Le problème était que je n'avais presque aucune compréhension des systèmes d'oppression et de privilège. Je n'avais pas l'expérience directe de la marginalisation basée sur la couleur de ma peau, mon genre, mon orientation sexuelle, etc. et je ne me suis jamais efforcé de me rendre compte que mes expériences étaient (et sont) si différentes que les personnes qui n'ont pas les privilèges que j'ai.

Je ne savais rien de ces divers privilèges, comment ils affectaient ma vie, et comment j'étais inconsciemment complice de les renforcer au détriment de ceux qui n'avaient pas ces privilèges.

Alors qu'il est peu probable que je sois contrarié par des blagues ou des stéréotypes sur le fait d'être blanc, un homme, un hétérosexuel, etc., je n'aurais jamais su ce que je sais maintenant. Il n'y a RIEN de comparable entre un privilégié qui fait des blagues au détriment des marginalisés et l'inverse. Nous n'avons pas à avoir l'intention de nuire pour le faire, et je dirais que la plupart d'entre nous sont bien intentionnés.

Alors la prochaine fois que nous ressentons le besoin d'écarter les critiques de quelqu'un comme « trop politiquement correct », je vous encourage à écouter, à faire des recherches et à réfléchir aux raisons pour lesquelles ce sont surtout des hommes blancs qui se sentent si non-offensés pendant que les autres en payent les pots cassés. Ce n'est peut être pas leurs identités diverses qui les rendent « trop sensibles » mais nos identités qui nous permettent de rester si ignorants et peu disposés à écouter »
 
Pour aller plus loin, il y a ce thread twitter (englais, désolé 😕 ) qui parle d'humour et notamment le fameux "c'était pour rire".
16-03-2018   #2

J'ai lu le post mais je ne suis pas sûr de comprendre la morale : il ne faut plus rien dire parce qu'il y a aura toujours quelqu'un que ça risque d'offenser ? (question courte mais sérieuse)

16-03-2018   #3
phpwrote:

J'ai lu le post mais je ne suis pas sûr de comprendre la morale : il ne faut plus rien dire parce qu'il y a aura toujours quelqu'un que ça risque d'offenser ? (question courte mais sérieuse)

Pourquoi tout nier d'un coup ? 

Moi : « certains propos blessent selon le contexte »
php : « on ne peut plus rien dire »

C'est un peu extrème, non ?

Un bout de réponse est dans le dernier paragraphe : être à l'écoute, se renseigner, se remettre en question.

L'humour ça véhicule une idée, alors quitte à faire une blague autant qu'elle dénonce quelque chose au lieu de se moquer des faibles/minorités.

 

« Salomon vous êtes juif ! C'est pas grave on vous garde quand même ». Sans contexte c'est raciste, or dans le film ça sert à se moquer des racistes. La différence est de taille. (explications en vidéo)

16-03-2018   #4
phpwrote:

J'ai lu le post mais je ne suis pas sûr de comprendre la morale : il ne faut plus rien dire parce qu'il y a aura toujours quelqu'un que ça risque d'offenser ? (question courte mais sérieuse)

Non, il faut simplement (enfin, façon de parler) changer sa manière de percevoir ce que l'on dit ou fait, surtout s'il s'agit d'humour au détriment d'une minorité ou d'une population oppressée dont on ne fait pas partie, justement parce que le fait de ne pas en faire partie est un obstacle à la compréhension du mal que cela pourrait causer.

Dit autrement : est-ce que le rire potentiel provoqué par la blague que tu t'apprêtes à faire a vraiment plus de valeur que la douleur ou le malaise qu'elle pourrait provoquer ? Tu as parfaitement le droit de considérer que la réponse à cette question est positive, mais ce faisant tu perds de facto le droit de t'offusquer des réactions négatives que suscitera ta blague.

16-03-2018   #5
16-03-2018   #6

@grandasse + tardian On en revient à ce que je dis assez rapidement à ce que je dis, du coup. D'un côté l'humour c'est souvent - je trouve - plus drôle quand c'est spontanné - ça se discute je peux le comprendre - mais après c'est surtout que du coup on en arrive vite à devoir se poser la question, à chaque fois qu'on veut dire quelque chose si on ne risque pas de hurter la sensibilité de chaque personne susceptible de lire un message, et au vu de la diversité des personnes présentes ici, on en revient vite à s'abstenir de parler.

Je me permets par exemple de prendre pour exemple une image postée par toi, @grandasse, où l'on voit Poutine en train de proposer du thé à deux autres personnes qui refusent poliment. L'image est drôle, je trouve, mais dans la mesure où ça touche à de la politique c'est pas dur d'imaginer que certains puissent mal le prendre.

Bref, à vouloir être politiquement correct avec tout le monde on en arrive - je trouve et ça n'engage que moi - à ne juste plus rien dire de peur d'offenser quelqu'un, ce que je trouve dommage parce que les interractions deviennent stériles au possible.

Après je ne suis pas un savant du domaine social, ce n'est qu'un ressenti personnel, mais il m'a semblé que d'autres ont fait part du leur aussi. Après on devra peut-être juste se mettre d'accord que l'on est en désaccord. Moi tout ce que je veux c'est pouvoir lire pénard des sujets sans tomber sur des messages insultants (qui sont souvent bien plus blessants que la blague originale soit dit en passant). Réglez ça en MP, limite.

16-03-2018   #7

Double post, pour éviter les malentendus :

En fait, en lisant un peu le forum, que le problème n'est pas un problème d'humour mais plus généralement de liberté d'expression. Je suis tombé sur deux échanges - toujours suite à un poste de dynaroo qui ont donné ça :

grandasse

Je savais pas que c'était permis les photos érotiques.

ce à quoi Vino - qui je trouve s'est toujours montré plutôt impartial et juste de manière générale - a répondu :

Érotique ? Les publicités en grand format que l'on trouve dans la rue montrent parfois/souvent des femmes quasiment nues…
La photo de Dynaroo, même si je m'interroge sur son intérêt, est tout au plus une photo de charme.

Le deuxième échange étant :

- Si seulement j'avais été une femme, j'aurais bien voulu passer moment avec un pompier rien que pour des câlins bien rapprochés !

- Dynaroo1986 : T'as le droit d'être bi ou gay sinon, je vois pas le rapport avec "être une femme" pour ton image de pompiers.

wtf? Pourquoi ramener la ligue LGBT dans l'histoire. C'est un homme - je suppose - hétéro du coup il a fait le rapprochement femme/homme pour parler d'attirance vers des pompiers masculins. Je ne comprends pas l'intérêt de ce genre de remarques. Fallait faire quoi ? Préciser chaque genre pouvant être attiré physiquement par un homme sans en oubliant aucun ?

Bref, plus je lis de posts ici, plus j'ai juste le sentiment que certains râlent à la moindre occasion et se sentent offusqués pour un rien. Concrètement le forum devrait ressembler à quoi du coup ? Concrètement c'est quoi la limite ?

16-03-2018   #8
php a écrit : certains râlent à la moindre occasion et se sentent offusqués pour un rien.

 Effectivement, je te trouve bien remonté, depuis que tu repasses dans le coin 😉.

16-03-2018   #9
phpwrote:

Le deuxième échange étant :

- Si seulement j'avais été une femme, j'aurais bien voulu passer moment avec un pompier rien que pour des câlins bien rapprochés !

- Dynaroo1986 : T'as le droit d'être bi ou gay sinon, je vois pas le rapport avec "être une femme" pour ton image de pompiers.

wtf? Pourquoi ramener la ligue LGBT dans l'histoire. C'est un homme - je suppose - hétéro du coup il a fait le rapprochement femme/homme pour parler d'attirance vers des pompiers masculins. Je ne comprends pas l'intérêt de ce genre de remarques. Fallait faire quoi ? Préciser chaque genre pouvant être attiré physiquement par un homme sans en oubliant aucun ?

 J'ai pas encore eu la force de répondre à ton post au dessus "on peut plus rien dire", faudra aussi que je réponde au coté "il n'y a plus de liberté d'expression", ça me prendra du temps.
Mais pour cette quote c'est facile, alors voici les explications :

Ce qui n'a pas de sens dans la quote c'est "si seulement j'avais été une femme", comme si seules les femmes étaient en droit de passer un moment avec les pompiers. Il peut légitimement se sentir attiré par des pompiers.

(et puis toi qui aime les dissusions par MP, ici on est carrément hors-sujet)

16-03-2018   #10

Je n'ai peut-être pas été assez précis : tu ne dois te taire de peur d'offenser qui que ce soit, uniquement si tu n'es ouvert ni à la critique pour avoir offensé, ni prêt à t'affranchir de ton égo et présenter des excuses plutôt que de te braquer contre ceux qui t'auront accusé.

Personnellement, je m'auto-censure de temps à autre parce que je me rends compte que la blague que je m'apprête à valider est drôle à priori, mais aussi susceptible d'être dérangeante, insultante, ou douloureuse, et que cette part me semble plus forte que le rire qu'elle pourrait susciter. J'ai tendance à avoir un humour spontané, mais si je ne suis pas de ceux qui sont irrésistiblement drôles (je suis même globalement un humoriste assez médiocre en spontané) j'ai en revanche exercé mon esprit à identifier assez rapidement ce genre de risque, et à me retenir en conséquence. Pourtant, même si ça ne m'arrive pas souvent à l'oral, et que je ne me souviens même pas la dernière fois que ça m'est arrivé sur un support informatique, lorsque je commets ce type de faux pas, je cherche d'abord et avant tout à présenter mes excuses, parce que j'estime que tout dégât collatéral que ce soit, tout involontaire que ce soit, je n'aime pas nuire à autrui. Ce qui ne m'empêche pas d'expliquer pourquoi je ne me suis pas abstenu, si jamais on me le demande, mais je n'utiliserai pas une explication comme excuse. Du moins, j'essaie - personne n'est parfait non plus, et certainement pas moi.

Edit : mais je me rends compte que je ne fais que me reformuler moi-même. C'est pourtant simple : tu as le droit de lancer des vannes à tour de bras, y compris les plus pourraves, y compris les plus offensantes, mais tu ne peux pas avoir cette liberté d'expression sans accepter la liberté d'expression de ceux qui te critiquent de les avoir offensés.

16-03-2018   #11

Grandasse : si, ça un sens de dire "si j'étais une femme", comme l'a souligné php, il s'agit d'un homme hétéro qui a fait le rapprochement "homme/femme". Ça ne me semble pas illogique qu'il n'ait pas tout de suite pensé qu'il aurait pu etre homo.

16-03-2018   #12

@astia


@grandasse

Ce qui n'a pas de sens dans la quote c'est "si seulement j'avais été une femme", comme si seules les femmes étaient en droit de passer un moment avec les pompiers. Il peut légitimement se sentir attiré par des pompiers.

Bah c'est justement ça que je ne comprends pas. C'est peut-être tourné de façon maladroite si tu veux - bien que je ne vois pas en quoi - mais pourquoi tu prends forcément ça comme une attaque contre les bi/gays ? Pourquoi ce résonnement de "omg il veut forcément dire que seules les femmes peuvent aimer les hommes ! vite ! une fourche !"

Si demain quelqu'un parle du Paradis tu vas lui tomber dessus pour lui expliquer que c'est inadmissible et que les chrétiens n'ont pas le monopole de la vie après la mort ?

@tardian ok c'est clair !

16-03-2018   #13

@glossy_ & @php

 

Il n'y a pas d'« attaque » ni besoin de « fourche » ou de lui « tomber dessus ».
Quelle violence ^^

- Si seulement j'avais été une femme, j'aurais bien voulu passer moment avec un pompier rien que pour des câlins bien rapprochés !

Donc la société est tellement hétéro-centrée qu'il est plus facile de faire ce que vous appelez "le rapprochement homme/femme" que le rapprochement homo/hétéro.

Je trouve ça plutôt intéressant à observer.

C'est comme la phrase "un personnage rentre dans un café" très grande la majorité a imaginé un homme blanc. 

16-03-2018   #14

Malheureusement oui hein, même quand je lis des livres, à moins que je sache que le personnage dont on parle est noir, je l'imagine blanc. J'y peux rien, c'est un automatisme conditionne par la société.

16-03-2018   #15

Je suppose que c'est parce qu'on cherche toujours à s'identifier aux personnages ? Moi je pense à un homme blanc - du coup tu vas me crier dessus ? :p

Peut-être qu'une femme imaginerait un personnage féminin. Et je suis à peu près sûr que, comme le dit glossy, c'est une question de société. Si tu donnais cette phrase à des gens de couleurs tu crois qu'ils l'imagineraient blanc ? Est-ce un mal ?

16-03-2018   #16

Par contre pour le coup en lisant "un personnage rentre dans un café" je n'ai rien pensé du tout parce que j'ai lu trop vite la fin de la phrase de grandasse, je n'ai pas eu le temps de penser :p

16-03-2018   #17

D'autant que j'ai tout de suite pensé : Un mec rentre dans un café (plouf) et commande un petit noir.

Je pense être dans le sujet là 😛

16-03-2018   #18

Là j'ai ri 😃

17-03-2018   #19

On m'a souvent reproché de parler « à la place » des personnes concernées lors de débats sur l'humour oppressif, donc voici l'extrait d'un article écrit par une personne handicapée sur le dernier film de Franck Dubosc :

Une vision drôle du handicap et des autres minorités en petites touches

La critique s’accorde aussi pour dire que le film est drôle.

Les goût et les couleurs, hein ? En tout cas, l’association humour et handicap, qui n’a rien en soi de « couillu», contrairement à ce qu’affirme Alexandra Lamy, ni de transgressif, d'ailleurs, se fait, entre autres, par le regard que le personnage de Florence porte sur lui-même. Pour résumer, ce sont des vannes à la Vestiaires, ces vannes que beaucoup de personnes handicapées acceptent de balancer pour, encore une fois, être aimables et ne pas foutre le bourdon, ces vannes que les valides aiment que les personnes handicapées balancent pour les mettre à l’aise et que certains d'entre eux reprennent à foison à leur tour pour en devenir lourds, très lourds… Ces vannes qui leur permettent de dire que la personne a surmonté son handicap et est ...une leçon de vie !

Florence est aussi joviale, "malgré le handicap", ça va de soi ( à mon avis, Alexandra Lamy a dû avoir très mal aux zygomatiques à force de surjouer la joie de vivre que l'on prête volontiers aux personnes des handicapés puisqu'elle affichait non stop un sourire Ultra Brite).

Cela dit, évidemment, Florence, est toujours dans le regret de ne pas être valide et dans la blague sur le manque et l'incomplétude … Justesse et drôlerie, on vous dit.

Mais, rassurez-vous, amis handicapés, il y en a pas que pour nous. Il y en a un peu, par petites touches, pour tous les minorisés. Il faut quand même un peu taper sur les minorités si on veut faire une comédie franchouillarde qui se respecte. Ainsi, dans l’une des premières scènes du film, Jocelyn se rend à l’enterrement de sa mère mais il se trompe et suit celui d'une famille noire. Et qu'est-ce qui est écrit sur la gerbe ?: « Wepose en paix ». Tordant, non ? La salle était morte de rire ( je vous laisse deviner quel public la composait) .

Les femmes, quant à elles, subtilement regardées au travers de l’œil du personnage de Jocelyn, ont l’habituel traitement sexiste (gros plan sur les seins, les fesses. Florence, elle, nous ressort la vanne de Patients, visiblement appréciée du beauf moyen, consistant à dire que quand tu es en fauteuil, on ne peut pas mater ton cul.

J'allais oublier le rire déclenché dans la salle lorsqu’un camarade de Florence (de petite taille), s’affiche avec une personne trans, alors là, ça se roulait par terre.

Ah, c’est bien de rire de tout à la façon « dominante ». Du grand art, ce film.

13-08-2019   #20

 
    Aydan1618wrote:

    Un lien valant mieux qu'un long discour : http://uneheuredepeine.blogspot.fr/2012/08/lhumour-est-une-chose-trop-serieuse-writemypaper.html

Bonjour,

 

Il y a des métaphores cachées dans ce genre d'humour. Et nous avons besoin ici de sociologie et de psychologie pour nous préparer à divers types de situations et à la réalité relative (même nos yeux nous trompent).